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Borderless Fabrice Bothereau 2025

Avec “Borderless” Gilles Teboul poursuit son exploration des limites. On aurait tort de voir là un clin d’œil militant, le mot connaît au moins quatre définitions, dont, bien sûr, celle de « sans limites ». Mais n’est-il pas alors contre-intuitif d’adosser l’expression au tableau, lui, forcément limité ? 

Ce qu’il s’agit de comprendre, c’est que, pour l’artiste, et dans sa pratique, c’est principalement la peinture qui fait son chemin sur le support ; elle migre et trouve sa place elle-même, sans intervention extérieure, suivant un chemin incertain et dans une durée indéfinie. De fait, la peinture est sans limite dans le sens où la conquête de l’espace lui appartient. Alors, de sans limite elle devient sans frontière, sans contour bien défini. 

 En observant ces peintures, on réalise qu'elles ne sont pas de simples monochromes, une interprétation qui serait trop réductrice ; car nous n’avons pas affaire qu’à un seul ton, une seule valeur ; les couleurs se déplacent et la fusion entre le fond et la surface vient brouiller les frontières, troublant ainsi la perception des limites chromatiques. Il suffit de voir. Mais « voir », est-ce « regarder » ? 

 Ainsi, il y a deux aspects à distinguer dans la peinture de Gilles Teboul ; l’aspect formel (comment c’est fait), et l’esthétique ; non pas dans le sens théorique, mais dans le sens étymologique : l’esthétique, c’est l’aisthesis, littéralement, la faculté de percevoir par les sens, la sensation. De fait, Teboul est très attentif aux effets perceptuels de sa peinture, et c’est pourquoi ainsi l’œil erre sur la surface, cherchant un point d’ancrage qu’il ne trouvera pas, car justement les nuances sont extrêmement difficiles à situer ; on peut se demander « quelle couleur vient ici se fondre dans cette autre ? », et se joue alors ce que l’on pourrait appeler l’énigme chromatique des transitions. Et c’est donc dans ce sens qu’il faut entendre le mot “borderless”, soit l’indistinction des frontières entre ce qui, justement, fait bord, non-bord, ou débord. Cette actualisation des percepts, Teboul l’appelle  « la partie charnelle de la peinture ». 

 Durant sa libération — épanouissement sur le support — la couleur migre, cependant qu’elle investit l’espace-plan disponible. Et même avec une seule couleur on aura des variations, puisque la peinture, chez Teboul, est libre, elle en serait presque autotélique. 

La couleur pérégrine dans le champ du tableau, sans laisser de démarcations chromatiques nettes. Gilles Teboul, patiemment, réussi ce pari de faire “tenir” l’infini dans le plan. Alors, réfléchissante et intérieure, la peinture, au sens de fluide, que l’artiste appelle une « chimie », cherchant sa place et ses issues, trouve ses combinaisons. De fait, la peinture établit un paradoxe réussi, celui de donner à voir le plus lumineux et le plus obscur — en même temps

Avec “Borderless” Gilles Teboul poursuit son exploration des limites. On aurait tort de voir là un clin d’œil militant, le mot connaît au moins quatre définitions, dont, bien sûr, celle de « sans limites ». Mais n’est-il pas alors contre-intuitif d’adosser l’expression au tableau, lui, forcément limité ? 

Ce qu’il s’agit de comprendre, c’est que, pour l’artiste, et dans sa pratique, c’est principalement la peinture qui fait son chemin sur le support ; elle migre et trouve sa place elle-même, sans intervention extérieure, suivant un chemin incertain et dans une durée indéfinie. De fait, la peinture est sans limite dans le sens où la conquête de l’espace lui appartient. Alors, de sans limite elle devient sans frontière, sans contour bien défini. 

 En observant ces peintures, on réalise qu'elles ne sont pas de simples monochromes, une interprétation qui serait trop réductrice ; car nous n’avons pas affaire qu’à un seul ton, une seule valeur ; les couleurs se déplacent et la fusion entre le fond et la surface vient brouiller les frontières, troublant ainsi la perception des limites chromatiques. Il suffit de voir. Mais « voir », est-ce « regarder » ? 

 Ainsi, il y a deux aspects à distinguer dans la peinture de Gilles Teboul ; l’aspect formel (comment c’est fait), et l’esthétique ; non pas dans le sens théorique, mais dans le sens étymologique : l’esthétique, c’est l’aisthesis, littéralement, la faculté de percevoir par les sens, la sensation. De fait, Teboul est très attentif aux effets perceptuels de sa peinture, et c’est pourquoi ainsi l’œil erre sur la surface, cherchant un point d’ancrage qu’il ne trouvera pas, car justement les nuances sont extrêmement difficiles à situer ; on peut se demander « quelle couleur vient ici se fondre dans cette autre ? », et se joue alors ce que l’on pourrait appeler l’énigme chromatique des transitions. Et c’est donc dans ce sens qu’il faut entendre le mot “borderless”, soit l’indistinction des frontières entre ce qui, justement, fait bord, non-bord, ou débord. Cette actualisation des percepts, Teboul l’appelle  « la partie charnelle de la peinture ». 

 Durant sa libération — épanouissement sur le support — la couleur migre, cependant qu’elle investit l’espace-plan disponible. Et même avec une seule couleur on aura des variations, puisque la peinture, chez Teboul, est libre, elle en serait presque autotélique. 

La couleur pérégrine dans le champ du tableau, sans laisser de démarcations chromatiques nettes. Gilles Teboul, patiemment, réussi ce pari de faire “tenir” l’infini dans le plan. Alors, réfléchissante et intérieure, la peinture, au sens de fluide, que l’artiste appelle une « chimie », cherchant sa place et ses issues, trouve ses combinaisons. De fait, la peinture établit un paradoxe réussi, celui de donner à voir le plus lumineux et le plus obscur — en même temps